Les voyages d’agrément sont généralement associés à un niveau de bien-être plus élevé, mais certains profils de voyageurs en retirent davantage de bienfaits.
Il est bien établi que le voyage améliore le bien-être. Toutefois, une analyse plus approfondie des segments de voyageurs révèle que ceux-ci n’en retirent pas tous les mêmes effets positifs.
Une publication récente du World Leisure Journal, cosignée par Pascale Marceau, chercheuse principale associée, et Marc-Antoine Vachon, titulaire de la Chaire de tourisme Transat de l’ESG UQAM, offre un nouvel éclairage sur les impacts du voyage sur le bien-être.
MESURER LE BIEN-ÊTRE
Le concept du bien-être subjectif est au cœur de cette étude. Pour le mesurer, trois éléments ont été pris en compte, regroupés en deux grandes dimensions :
- La dimension affective regroupe les émotions positives (p. ex. la joie, l’enthousiasme) et négatives (p. ex. la tristesse, l’anxiété).
- La dimension cognitive se rapporte au niveau de satisfaction à l’égard de la vie, soit la mesure dans laquelle une personne estime que sa vie correspond à ses attentes.
En tout, 1 314 adultes québécois ont évalué leurs émotions et leur niveau de satisfaction par rapport à leur vie à l’aide de 13 énoncés.
Pour faciliter la lecture, le terme « bien-être » sera utilisé pour désigner le bien-être subjectif.
VOYAGER POUR VISER UN ÉTAT DE BIEN-ÊTRE ?
Le premier constat confirme que les répondants ayant pris part à des voyages d’agrément rapportent un niveau de bien‑être supérieur à ceux n’ayant pas voyagé au cours des deux années précédant l’enquête. Ce résultat renforce l’idée que le voyage est associé à un état d’esprit positif et une plus grande satisfaction à l’égard de la vie.
Comme les voyageurs ne forment pas un groupe homogène, une deuxième analyse a permis d’examiner comment la relation entre le voyage et le bien-être varie selon différents profils de voyageurs.
Le niveau d’engagement envers le voyage compte
En regardant de plus près, les résultats tendent à montrer que le niveau d’engagement envers le voyage compte davantage que le simple fait de voyager. Les personnes qui voyagent souvent, qui souhaitent continuer à le faire et qui rencontrent moins de freins au voyage sont celles qui affichent les niveaux de bien-être les plus élevés.
Le simple fait de voyager contribuerait au bien-être, mais pas seulement : les multiples déconnexions du quotidien semblent être une stratégie porteuse pour y arriver.
Lors de l’analyse, trois profils distincts de voyageurs (occasionnels, modérés et assidus) ont émergé en fonction de leur fréquence de voyage passée, leurs intentions de voyage futures et les obstacles perçus au voyage. Ces voyageurs ne sont pas associés de la même manière aux différentes dimensions du bien-être.
Alors que les voyageurs assidus présentent un niveau de bien-être plus élevés que les deux autres groupes de voyageurs ; les voyageurs occasionnels et modérés présentent un niveau de bien-être similaire.
Le voyage contribue d’autant plus au bien-être lorsqu’il s’inscrit dans un mode de vie.
L’intégration du voyage dans le mode de vie : anticiper positivement un voyage, en tirer des bénéfices post-voyage de manière répétée (des heureux souvenirs !), et surmonter les obstacles à la réalisation des séjours souhaités sont des facteurs qui, semble-t-il, pourraient contribuer au bonheur.
FAVORISER L’ACCÈS AUX VOYAGES
Les voyageurs ne sont pas tous égaux face aux bienfaits des voyages. Ceux et celles profitant de plusieurs déconnexions du quotidien, soit les voyageurs assidus dans cette recherche, semblent en dégager le plus de résultats positifs. Toutefois, moins de 10 % de l’échantillon figurent parmi ces avides voyageurs. Bien que ce mode de vie ne soit pas à la portée de tous, des leçons peuvent en être tirées.
Les voyageurs ne sont pas tous égaux face aux bienfaits des voyages ; le tourisme local et de proximité pourrait soutenir le sentiment de bien-être.
Cette étude met l’accent sur le fait que les expériences touristiques doivent être plus accessibles et faciles à intégrer à la vie quotidienne (p. ex. micro-aventure, courts séjours, etc.).
Le tourisme local et de proximité s’avère aussi une voie porteuse pour améliorer l’accès au voyage, et, indirectement, favoriser le bien-être à l’échelle de la population.
La méthodologie
Les résultats présentés dans cet article proviennent d’une enquête en ligne réalisée auprès de 1 314 adultes québécois entre le 30 octobre et le 6 novembre 2023. L’échantillon est représentatif de la population québécoise selon le genre, l’âge et le lieu de résidence.
La méthode suivante a été employée :
- Une analyse de covariance (ANCOVA) a été réalisée pour comparer le niveau de bien-être entre les voyageurs d’agrément et les non-voyageurs, en tenant compte des caractéristiques sociodémographiques des répondants ;
- Une analyse de classes latentes a été réalisée à partir de trois indicateurs (fréquence de voyage passée, intentions de voyage, barrières actuelles ou potentielles perçues pouvant restreindre la capacité ou le désir de voyager) afin d’identifier des profils de voyageurs ;
- Enfin, une comparaison du niveau de bien-être entre les profils générés à l’étape précédente a été produite par une analyse de covariance.
Kate Germain

